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 La petite croisade personnelle de Jarkov

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Jarkov

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Date d'inscription : 09/04/2005

MessageSujet: La petite croisade personnelle de Jarkov   Mar 4 Oct - 22:29

Croisade estivale

Quel peut donc être cette personne couverte de poussière , le visage marqué et au teint si pâle tellement anormal pour quelqu'un se promenant en Palestine en plein été , qui se réjouit en apprenant par son valet muet et ami Wulfric acheté lors de son passage dans les alpes germaniques l’an passé lors de sa tentative de reconquête de Byzance , que la bergerie ou ils ont trouvé refuge pour la nuit se trouve encerclée par une horde de sarrasins déterminés à les réduire en charpie ?
Il s’agit bien évidemment du cardinal et évêque de Bretagne , le seigneur Jarkov qui pour sa période estivale décida de reconquérir Jérusalem , ou a défaut de la visiter un peu , sans se préoccuper des légions d’infidèles sarrasins peu enclines à accueillir le bouillant pourfendeur des adorateurs impies sur leur terre sacrée durement reconquise.

Dans la Bretagne profonde et pittoresque

Au début du mois de juillet , une fois les élections durement remportées , Jarkov se prélasse sur les plages bretonnes en signant lettres d’arrestations que lui transmettent les forces de l’ordre bretonne à son service , glissant mollement telle une doris , cette grasse limace de mer , il ordonne des pendaisons afin de nourrir les corbeaux bretons dans le but secret de les faire engraisser à tel point qu’ils atteignent la taille de ces étranges monstres à plumes africains que l’on nomme autruche , il absorbe des fraises cueillies dans le verger du couvent franciscain et reçoit les rapports des mouvements d’étrangers en Bretagne. Sur la grève de Tréguier aucun druide n’ose s’aventurer de peur que le sinistre corbeau favori du cardinal inquisiteur nommé mister Daw ne fonde sur eux , car Jarkov se fiait principalement à ce volatile suprêmement doué pour débusquer les druides qui finiront sur le gibet et donc au fond de son estomac. Jarkov porte une soutane d’été , c’est à dire une soutane à tissu fin ne tombant qu’aux genoux , laissant le cou et une partie des épaules dégarnis et avec des manches bien plus courtes , d’une teinte rouge orangée donnant une touche chaleureuse et estivale , le tout agrémenté d’une élégante ceinture faite d’une corde à linge bon marché : Jarkov n’aime pas faire étalage de luxe feignant la pauvreté pour respecter le mode de vie de Saint François d’assise , saint patron des franciscains mais aussi des magistrats de son acabit habitués aux cours d’assises autant qu’à la position assise , bref un saint à la mesure de ce breton. Le soir il rejoint l’auberge  du village , pas l’une de ces auberges ou l’on tue les clients pour prendre leur bourse et qui sont légion en Normandie ou il est bien connu que les ogres phookaïstes ne reculent devant aucun pêché pour assouvir leur soif de richesse indissociable de leur culte dégénéré voué à l’alcool , au matérialisme et au fétichisme. C’est dans cette auberge qu’il raconte parfois son expédition l’été passé avec un groupe de pèlerins vers Byzance ou il avait en vain tenté de convaincre les ottomans d’abandonner la cité fraîchement conquise pour la remettre au Pape. Son zèle avait coûté la vie à tous ses compagnons de pèlerinage et lui avait appris qu’il ne faudrait point revenir dans cette ville condamnée à voir sa basilique bâtie sur le nom de sagesse se faire encadrer par quatre sévères minarets. C’est dans la soirée du 20 juillet , dans cette taverne qu’eut lieu le terrible drame qui le conduira à prendre le large au plus vite pour la lointaine Jérusalem.



Le Voyage

Jarkov commença son expédition à la fin du mois de juillet à partir du port du Croisic ou il finissait d’embellir une église de moult trésors pour narguer la ridicule cathédrale de notre dame de Paris. Parti à bord d’une nef typiquement taillée pour la vitesse par le meilleur des charpentiers bretons , dont nous tairons le nom pour ne point vexer les autres , avec pour seul équipage lui même et son valet muet qui n’est autre qu’un ancien soudard bavarois qui déserta les rangs teutoniques pour engager une carrière de mercenaire qui le conduisit à être réduit à l’état de domestique après une malheureuse défaite ou on lui arracha la langue , entre autres membres. Avantagé par des vents et courants favorables ainsi qu’une volonté d’acier à vouloir en découdra avec les musulmans , il ne leur fallut qu’une semaine pour atteindre la côte à proximité de ce qui fut la forteresse de Chastel pèlerin , sur une plage sauvage , la nuit du 4 août.

Cet expéditif périple nautique ne fut ponctué d’aucune étape , les deux passagers n’eurent nul besoin de se ravitailler dans un port , bien que leur navire construit pour voguer vite n’avait point de cale suffisamment spacieuse pour emporter les vivres nécessaires. Le cardinal aventurier pour s’épargner la perte de temps et d’argent qu’aurait nécessité un ravitaillement eut l’idée de couler un navire de pirates barbaresques en profitant de la nuit pour remonter son sillage et percer à coup de hache la coque peu en dessous de la ligne de flottaison. Lorsqu’ils découvrirent que leur navire prenait l’eau , les barbares quittèrent immédiatement leur navire , en ne prenant sur leurs chaloupe que quelques vivres et une grande partie de leur butin. Profitant de l’évacuation en hâte du vaisseau et de l’absence de clarté grâce à une massive muraille nuageuse obstruant les rayons de lune , le cardinal breton pénétra dans ce qui allait sous peu devenir une épave et y découvrit un moine enchaîné , qu’il délivra aussitôt autant par charité et solidarité chrétienne , autant parce qu’une autre paire de bras ne serait pas de trop pour aider à transporter les sacs de grains et de fruits ainsi que pour faire rouler les tonneaux de vin et d’eau , vers le bateau ou attend patiemment et vigilamment le valet allemand. Hélas les deux chaloupes ou s’agglutinaient les quelques vingt pirates eurent tôt fait de remarquer l’intrus responsable de leur désastre et il fut heureux que ces trois chaloupes n’arrivèrent qu’une par une permettant ainsi à Jarkov et à Wulfric de les couler une à une à l’aide de longues piques qui empêchèrent l’abordage tout en crevant les coques des frêles esquifs.

Une fois hors de portée , le breton et le germain purent faire connaissance avec leur nouveau compagnon , qui se trouvait être par un heureux hasard français. Ce moine appartenant à l’ordre dominicain se nommant Jacques avait été capturé sur un navire marchand parti de la Rochelle à destination de l’Italie. Les deux croisés ne pouvant se détourner de leur itinéraire pour déposer le moine et celui ci n’ayant aucun projet en vue , ils furent désormais trois à partir à la conquête de Jérusalem. Il se trouvait être que ce moine se trouva être un spécialiste en théologie ce qui permit de passionnantes conversation avec son hôte cardinal également féru de théologie bien que son érudition se porte d’avantage sur le droit canonique. Le moine , encore ignorant des libertés d’interprétations que prenait souvent l’évêque breton demanda à celui ci :
« -Monseigneur , comment se fait il que vous , un si grand chrétien
-Je vous en prie , je ne suis pas bien grand , juste costaud.
-Comment se fait il donc qu’une si éminente sommité dans le domaine religieux que vous se permisse de voler , certes des voleurs , mais de voler tout de même ?
-Moi voler ? Mais vous n’y êtes pas du tout frère Jacques , je n’ai rien volé du tout , ces provisions étaient abandonnées , puisque quand je suis monter à bord le navire était vide , ce qu’il contenait n’appartenait dès lors qu’a ceux qui se pencheraient pour ramasser.
-C’est finement jouer monseigneur.
-Je ne suis pas devenu cardinal sans raison voyons.
-Bien sûr , l’on ne peut être cardinal que grâce à l’incroyable talent de compréhension des Saintes écritures telle que la votre.
-Vous n’y êtes pas frère Jacques , je suis devenu cardinal grâce à mon don pour la perfidie et la manipulation intrinsèque à tout dirigeant d’une grande institution.
-C’est un point de vue intéressant.
-Normal c’est le mien.
-Mais et concernant l’autre commandement : « tu ne tueras point » , vous l’avez bel et bien transgressé en coulant le navire pirate puis les chaloupes , condamnant ainsi tous ces infidèles à une longue agonie en mer qui s’achèvera inéluctablement par la noyade.
-Nenni ! Je n’ai tué personne.
-Vraiment ? Pourtant tous ces gens doivent être mort à l’heure qu’il est et ne le seraient pas s’ils n’avaient point croisé votre route.
-Mais voyons frère Jacques , je n’ai rien fait d’autre que de casser un peu de bois à coup de hache et de pique , je n’ai frappé aucun de ces barbares et l’océan seul sera responsable de leur mort. Est ce ma faute si ces gens ne savent pas nager sur plusieurs kilomètres ? Bien sur que non. Et quand je suis parti , tous étaient vivants , si Dieu décide qu’ils doivent vivre alors il fera venir un autre navire qui les sauvera , sinon non , mais telle sera la volonté du Tout Puissant.
-Ce n’est pas faux.
-Bien entendu , abandonner des gens à un mort probable ne revient pas à les tuer , puisque je ne serais point celui qui ôtera l’âme de leurs corps odorants.
-Vous ne cessez de m’impressionner monseigneur.
-Et encore , vous verrez quand nous arriverons sur la terre de fils d’Israël.
-Que s’y passera t il ?
-Et bien je vais devoir y déployer toute mon ingéniosité pour ravager ce pays sans pour autant enfreindre la parole de Dieu. »


Premiers pas en Terre Sainte.

Aux lueurs de l’aube du 5 août , les trois hommes prirent les quelques rations restantes , traînèrent leur navire sur le sommet de la plage , à l’abri des regards dans des broussailles , et se mirent en route sans rien connaître ni de la géographie de la région , sinon que Jérusalem serait quelque part vers l’Est. Aucun ne savait parler arabe et les seules connaissances de la Terre Sainte sont constitués des textes bibliques et des récits des précédentes croisades. Après une longue et douloureuse journée de marche sous le soleil vers l’est , ils ne croisèrent que des bergers , des paysans et aperçurent au loin à l’annonce du crépuscule par les premiers rayons orangés une caravane marchande. Au soir , épuisé , ils terminèrent leurs dernières poignées de céréales et vidèrent les dernières gouttes de leur outre. Etait ce donc cela la croisade ? Cette formidable épopée spirituelle allait elle se montrer aussi pénible et lassante ? A coup sûr Jarkov allait dépérir d’ennui et de déshydratation à ce rythme infernal. Il décida donc de faire un terrible sacrifice auquel il s’était déjà préparé depuis des mois avec grande peine. Il alla trouver la ferme la plus proche , enfonça la porte pour y découvrir une famille de sarrasins terrifiée par cette apparition nocturne , posa quelques pièces d’or sur la table , se dirigea ensuite vers l’étable et sans mot dire prit trois mulets qu’il ramena à ses deux compères.

Le lendemain il poursuivirent leur route à bonne allure pour approcher de Naplouse toujours sans rencontrer de résistance , si ce n’est quelques brigands ou éleveurs téméraires qui furent repoussés par de simples coups de gourdin , ou pour les plus audacieux , par la vue du breton rugissant en faisant tournoyer la boule couverte de pique de son fléau d’arme. Face à une aussi déconcertante facilité , les trois hommes arrivèrent presque à se persuader qu’ils prendraient Jérusalem en se contentant d’effrayer le sultan. Si la chaleur et l’épuisement était pour l’instant leur seul ennemi , la situation allait rapidement dégénéré lorsque Jarkov pénétrant à dos de mulet les portes de la ville de Naplouse s’écria : « Alléluia bande de païens galeux , je viens vous apporter la parole du Christ. Reniez donc votre religion grotesque et idolâtre pour vous soumettre au seul vrai Messie Jésus. » Son erreur fut de clamer ses propos évangélisateurs et son mépris envers Mahomet un peu trop haut , alors qu’un commerçant arabe habitué aux voyages vers Marseille eut le malheur de comprendre ses paroles et de les traduire à toute la population qui dès lors se rua devant les trois occidentaux faisant mur à leurs mulets.
« -Voyez frère Jacques ! Ils viennent en masse se faire baptiser.
-Vous croyez , ils n’ont pas l’air très enjoués pourtant.
-Ma foi c’est vrai qu’ils ont une mine déplorable , mais comprenez les , ils viennent de comprendre subitement grâce à moi qu’ils ont toujours vécu dans l’erreur.
-Je crois que c’est vous qui avez commis une erreur sur ce coup.
-Impossible voyons.
-Et pourtant ils sortent des coutelas et toutes sortes d’ustensiles qui ne m’inspirent guère confiance.
-Des ustensiles contendants à votre avis ?
-Cela m ‘en a tout l’air.
-Alors ce n’est pas moi mais eux qui risquent de commettre une grave erreur s’ils s’en prennent à moi.
-Voyez l’un d’eux s’approche
Le commerçant arabe s’approcha d’eux , se dressa droit et le regard fier devant les trois occidentaux et leur parla en français.
-Qui êtes vous donc chiens pour venir insulter le prophète ?
-Oh regardez frères Jacques en voilà un qui parle !
-Je crois monseigneur qu’ils parlent tous , mais une autre langue que la notre , à l’exception de celui ci.
-Vous pensez ? Pourtant ils me donnaient plutôt l’impression de glousser. Cela signifierait il que les animaux pourraient parler ?
-Peut être bien , sauf les poissons.
-Bien entendu , mais si ces ….
-Misérables je vous ai posé une question !
-Laissez moi m’occuper de la conversation frère Jacques , je vais résoudre ce différent de brillante manière. Pouvez vous répéter votre question cher indigène ?
-Vous vous moquez de moi ?
-Nenni.
-Est ce la mort que vous venez cherchez en ces lieux et par vos mots ?
-Nullement , nous venons conquérir Jérusalem et évangéliser le plus d’infidèles musulmans possible.
L’arabe éclata de rire , traduisit aux autres qui rirent aussitôt tous en cœur. Puis ils brandirent leurs armes dérisoires en scandant des paroles qui d’une oreille occidentale paraissait particulièrement hostiles.
-Préparez vous à périr chiens de français !
-QUOI ! Vous me traitez de français , moi un authentique breton ! Aux armes mes amis ! »
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MessageSujet: Re: La petite croisade personnelle de Jarkov   Mar 4 Oct - 22:31

La cavalcade folle

Les lueurs obliques de l’aube inondant les collines sauvages d’un teint opalescent fort exotique , cette huitième journée du mois d’août sembla s’annoncer sous les meilleurs auspices. Nos trois compagnons goûtant au repos des braves après ces derniers jours aux émotions si intenses et pour laisser le temps aux plaies et aux os usés de se régénérer par l’action du sommeil. , choisirent pour logis une bergerie subitement abandonnée par son propriétaire lorsqu’il vit ces trois occidentaux venir , couverts de sang et de poussière. Bicoque isolée dans les collines désertiques situées entre Jaffa et Naplouse , l’endroit apparut aux croisés comme le havre de paix tant mérité après les fabuleux exploits.
Dans un tel contexte , elle peut paraître loin la folle cavalcade qui les conduisit des portes de Naplouse à cette bâtisse plus proche de la cabane ou de l’étable que d’une maison.

Les problèmes commencèrent lorsque ayant provoqué la foule de Naplouse , Jarkov avait provoqué une bagarre l’opposant lui et ses deux compères à une trentaine d’individus décidés à réduire leurs corps en bouilli pour les chiens édentés .Si les combats n’avaient fait que peu de morts , le nombre de blessés lui fut conséquent , bien que le moine jacques ne participa point à cette rixe violente et préféra se réfugier derrière le croupion de son mulet. Le cardinal breton et son ami bavarois durent ainsi user de toute leur capacité musculaire pour repousser les assaillants et de toute leur ingéniosité pour compenser leur désavantage numérique. Ainsi faisant fis de toute moral le germain n’hésita à saisir un jeune enfant trop téméraire par les cheveux et à le faire tournoyer avant de le jeter dans les jambes d’un groupe compact de sarrasins , tandis que de son côté le bouillant breton s’empara de la table , des chaises et même une étagère dans une échoppe de charpentier proche pour assommer un maximum de personne à la fois. Lorsque celui ci renversa toute une charrette de provision sur trois des plus costauds arabes à la seule force de ses bras , la grande majorité de la foule fut prise de panique et abandonna la dizaine d’entre eux , plus courageuse , qui tenaient leur audace des armes en leur possession , ce qui fut leur plus funeste erreur , car si Jarkov et Wulfric se contenter de chahuter violemment à mains nue les badauds désarmés , ils n’hésitèrent plus à se servir de leurs propres armes , le premier jouant de son fléau d’arme lorsque le second brandissait une hache à double tranchant. Si la nombre n’était point du côté chrétien , la détermination et la fougue qui les animait suffit à terrasser les dix sarrasins , piètrement armés et inexpérimentés au combat. Lorsque le marchand arabe francophone réapparu entouré de deux gardes en armures et équipés de lances , ils eurent le déplaisir de voir Jarkov et Wulfric , fatigués mais épuisés , seuls debout alors que tous les autres jonchaient au sol se tordant de douleur pour ceux encore conscients. Il faut dire que leurs couteaux et leurs fourches furent bien utiles contre le terrible fléau d’arme et la hache à double tranchant.
Les deux gardes eurent la vilaine idée de pointer leurs lances contre les deux fauves sans pour autant frapper , ceux ci se contentèrent alors d’attraper la pointe de la lance d’une main et de frapper l’adversaire de l’autre. Le marchand seul et sans arme se mit alors à genoux et dit :

« -Tu ne tueras point dit le Seigneur.
-Certes ,mais rien ne m’interdit de te briser la mâchoire »

Et dans une gerbe de sang Jarkov lui planta sa boule pleine de piques dans le menton , avec suffisamment de modération pour n’infliger qu’une blessure non mortelle qui privera l’honnête commerçant de la parole a jamais.

Les trois compères quittèrent la ville sitôt après , n’ayant point envie d’avoir affaire à une troupe vraiment conséquente. Ils reprirent la route vers l’est avec pour but de trouver le Jourdain et de suivre son cours pour atteindre le lac de Tibériade et ainsi repartir vers l’ouest pour enfin atteindre Jérusalem et la reprendre aux mains des infidèles. Sur le trajet frère Jacques interrogea son frère cardinal :

«- Monseigneur , comment vous un homme d’Eglise pouvez ainsi répandre le sang ?
-Il faut bien que quelques uns d’entre nous aient les tripes d’agir parfois si l’on veut que la chrétienté ne s’embourbe pas dans la molesse.
-Quel mal cela aurait il ?
-Si l’Eglise n’a point quelques bras forts pour la soutenir , nous verrons bientôt les musulmans à Vienne , peut être même à Paris , viendra un jour ou le sacre du roi n’aura plus assez de valeur aux yeux du peuple pour protéger le monarque de la vindicte populaire qui alors réclamera le pouvoir et qui vous le verrez persécutera sûrement le clergé et au final nous verrons un Etat qui ne se dira plus du tout catholique , qui considérera le Pape comme n’importe quel autre souverain temporel , plus personne n’ira se faire baptiser et n’ira encore moins faire sa communion et pour finir plus personne en occident ne croira en Dieu et la chrétienté disparaîtra.
-Quel cauchemar , mais vous divaguez , cela n’arrivera jamais.
-Qui sait. Et puis si je répand le sang , je ne tue jamais au grand jamais , je ne fais que neutraliser , je dirais même mieux je pacifie ces gens aux mœurs hostiles.
-Vos points de vue sont toujours intéressants monseigneur.
-Qu’est ce donc que ce nuage au loin ?
-Il me semble que c’est une troupe de cavaliers.
-Ne viendraient ils point vers nous a tout hasard ?
-Cela me semble flagrant.
-Ils sont particulièrement nombreux non ?
-Une bonne dizaine au moins.
-Ne prenons pas de risques , filons vers ces collines , d’ici à ce qu’ils nous rejoignent la nuit sera tombée et nous pourrons facilement leur échapper.
-Vous êtes si brillant monseigneur
-Si tel était le cas ce serait tragique pour nous qui voulons nous cacher dans l’obscurité.
-…
-Désolé. »

Profitant de la noirceur nocturne , les trois voyageurs se réfugièrent avec leurs mulets épuisés sur un flanc caillouteux d’une des collines non exposé à la lumière lunaire. Ils purent ainsi observer les cavaliers faire halte près d’un ruisseau pour s’assoupir avec seulement un homme pour monter la garde. Chacun se doutant bien qu’il s’agissait de soldats dépêchés depuis Naplouse. Si la sagesse eut voulu de profiter de ce répit pour s’éclipser , le breton eut de son côté l’initiative de s’en prendre au campement sarrasin , aisément repérable grâce à un feu de camp, pour s’emparer de leur montures , plus fraîches et surtout plus véloces. Arrivant discrètement derrière le garde , Jarkov l’assomma tandis que Wulfric détachait trois chevaux. Frère Jacques pendant ce temps , libérait les autres montures pour les envoyer se dégourdir les sabots loin de leur maître et empêcher une réaction rapide de ces derniers. Les trois hommes partirent ainsi à la faveur de la torpeur de leurs poursuivants , décidant de se diriger vers l’ouest pour profiter du relief dans leur fuite.

C’est après avoir chevauché toute une partie de la nuit , leurs destriers accusèrent la fatigue et se ralentirent peu à peu le pas et les trois croisés , eux aussi exténués , de s’arrêter dans cette adorable bergerie désertée subitement par son occupant peureux.
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MessageSujet: Re: La petite croisade personnelle de Jarkov   Mar 4 Oct - 22:32

Une adorable bergerie

Rassasiés par ces quelques heures de sommeil sur le foin , les trois croisés se prélassèrent au soleil la fin de la matinée et dégustèrent quelques mets présents dans la bergerie en suivant toujours la même philosophie : c’est abandonné mais pas volé. Profitant de cette période d’apparente accalmie , le dominicain interrogea une fois de plus la sagesse du franciscain :

« -Dites moi monseigneur…
-Moi.
-Hilarant , mais trêve de plaisanterie , je voulais vous dire : ces chevaux que nous avons pris , ils ont bien été volés , vous ne pouvez le nier puisque cette fois ci leurs propriétaires ne les avaient point abandonnés.
-C’est exact frère Jacques , mais n’oubliez pas que c’est Wulfric qui commit ce terrible pêché qu’est le vol , tout comme il commet allégrement le meurtre comme vous avez pu le constater.
-En effet , mais cela ne vous dérange t il pas , vous un homme aussi saint et sain de voyager en compagnie d’un tel homme ?
-Au contraire , il est dans ma nature extrêmement charitable de ne jamais laissé un pêcheur en détresse et de tout faire pour aider au salut de son âme. Comme ce germain est un train vilain pêcheur , je ne puis m’en séparer puisqu’il me faut en permanence lui prodiguer l’absolution.
-Ah je comprend mieux. Donc vous oeuvrez à sa rédemption.
-Exactement je l’éduque pour ne plus achever ses victimes mais à les laisser entre les mains de Dieu. »

Afin de profiter un peu du calme offert par l’isolement de cette bergerie , les trois hommes décidèrent de demeurer sur ce lieu paisible toute la journée et de ne repartir qu’au crépuscule pour circuler à la faveur de la fraîcheur nocturne et de la discrétion offerte par les ténèbres. Lorsque le chaleur de l’après midi se fit trop à partir du moment ou le soleil atteignit son zénith et ne semblait plus vouloir s’y délogé , Jarkov et son compagnon dominicain se retirèrent à l’intérieur de la bergerie pour fuir l’étouffante chaleur tandis que le teuton s’occupait des canassons.

Quelques heures plus tard le berger peureux revint accompagné de deux hommes robustes en armes et d’un troisième , selon tout apparence un religieux assez aisé à en juger sur ses vêtements particulièrement raffinés. Ils entrèrent dans la bergerie et s’adressèrent aux deux ecclésiastiques qui débattaient sur l’hypothèse d’un langage animalier. L’homme de religion se dressa devant eux et engagea la conversation , dans un latin des plus honorables , afin de se faire comprendre des deux croisés qui maîtrisaient également cette langue , notamment grâce à Breizh qui enseigna tous les secrets de cette langue à Jarkov au sein du couvent franciscain.

« -Bonjour honorables étrangers.
-Bonjour à toi bel étranger , répondit Jarkov
-Pourquoi m’appelez vous étranger ? Je suis dans mon pays ici.
-Ma foi c’est exact , mais en occident nous avons pour habitude d’appeler les sarrasins les étrangers , allez savoir pourquoi.
-J’ai l’auguste impression que vous n’appréciez pas les arabes ?
-Vous vous trompez totalement mon cher , j’adore votre civilisation et notamment votre littérature et votre science en particulier dans le domaine occulte ou aucun érudit occidental n’atteindra les connaissances rassemblées par le sinistre et fou Abdul Alhazred dans son terrifiant Nécronomicon qui est l’ouvrage de référence pour l’inquisiteur que je suis.
-Vous savez donc lire l’arabe ?
-Seulement quand il est traduit en latin.
-Je vois. Mais que fait donc un inquisiteur français…
-Breton monsieur je suis breton , point français.
-Que vient donc faire un inquisiteur , dans un si piteux état dans une bergerie en pleine terre musulmane.
-Et bien pour m’occuper cet été j’ai décidé de reconquérir la Terre Sainte de Palestine.
-Voilà qui est drôlement osé. Surtout que les croisés occidentaux sont très mal vus par ici , notamment par moi et mes acolytes.
-Allons donc !
-Et en temps que sommité religieuse je ne puis permettre au croyant infidèle et impie que vous êtes de vivre plus longtemps sur cette terre ou les chrétiens ne sont plus les bienvenues.
-Mon cher monsieur , vous me semblez quelqu'un d’intelligent .
-Merci.
-Or Jésus disait : Heureux les simples d’esprit. A contrario on peut en déduire malheur aux gens intelligents , tels que vous à titre d’exemple.
-Me menaceriez vous canaille chrétienne ?
-Je ne menace jamais , je me contente de prévenir les gens qui ne m’apprécient guère que je ne me laisse pas faire sans me défendre. »

Comprenant le besoin de frapper immédiatement , l’interlocuteur musulman donna un violent coup de poing dans l’estomac de son opposant chrétien , qui lui répondit en l’attrapant par les deux oreilles , en lui faisant baisser la tête pour que celle ci rencontre le genoux levé avec vigueur pour engendrer un choc qui ajouta de nouvelles tâches de sang à la soutane de l’évêque breton. S’ensuivit alors une mêlée acharnée ou à son habitude frère Jacques se réfugia dans un coin pour prier , alors que le berger arabe se fut enfuit subitement lorsque le musculeux germain surgit dans le dos des deux hommes d’armes , décapitant l’un par surprise et plantant l’autre tranchant de sa hache dans le poitrail de l’autre qui s’était retourné surpris sans faire attention à sa garde abaissée. Jarkov se rua sur l’imam , le souleva et l’envoya rebondir contre un mur , le choc lui faisant perdre la dague qu’il avait sorti de sous sa djellaba. Sonné , celui ci reprenant ses esprits abandonna l’idée de lutte et tenta de se sauver en reprenant la conversation.

« -Est donc là un bon chrétien qui s’apprête à me rouer ?
-Palsambleu je t’avais prévenu maudite crapule.
-Votre messie ne disait il pas : si l’on te frappe à la joue tend l’autre ?
Frère Jacques reprenant confiance intervint pour signaler la justesse de la remarque de cet homme et demanda également une explication à celui qui siège à la Curie.
-Et bien quoi , il ne m’a point frapper à la joue mais au ventre , Jésus n’a rien dit concernant les coups dans l’estomac. »

Néanmoins l’insistance du dominicain et de l’imam réussit à convaincre Jarkov d’épargner cet homme désarmé mais point de lui rendre sa liberté , car le captif allait désormais être attaché au bout d’une corde et servir d’interprète et de guide jusqu’à Jérusalem , l’évêque de Tréguier suivant à la lettre l’adage qu’il préconise souvent à ses ouailles concernant le recyclage des déchets en particulier dans la filière porcine : rien ne se perd , tout se transforme.

Après quelques heures d’un doux répit composé d’une langoureuse sieste et de quelques palabres échangées afin de faire connaissance avec Ahmed l’érudit captif , Wulfric interrompit ces instants de délices en prévenant par de grands gestes que la bergerie se trouve encerclée par une troupe nombreuse et armée , conduite par ce qui semble être un officier militaire , vraisemblablement la même troupe qui les poursuivait la veille , guidée par le berger fuyard qui cette fois ci trouva une assistance digne de se nom pour déloger les occupants gênant de sa bicoque.
A l’annonce de cet encerclement , Jarkov se réjouit à la surprise générale et afficha une mine radieuse pour quelqu'un à la situation aussi désespérée.

« -Monseigneur nous sommes fichus , prions vite avant de succomber.
-Mais quelles âneries débitez vous encore frère Jacques ? Tout va pour le mieux.
-J’aimerais bien savoir le jour ou nous atteindrons le pire.
-Ne voyez vous pas que ces nigauds nous offrent une sortie évidente ?
-Ou ça ?
-Mais par la porte de devant bien sûr. A vouloir nous encercler ils se sont tous divisés et espacés pour ne laisser aucun angle libre , mais par ce choix ne mettent pas plus de quelques hommes sur chaque angle.
-Ah ?
-S’ils avaient chargé tous dix droit sur nous nous étions certes fichus , mais loué soit le Seigneur il n’y a que deux cavaliers qui nous barrent la route si nous sortons par la grande porte. Apprenez que dans un encerclement , la meilleure chose a faire c’est de forcer l’un des coins du cercle pour s’en extraire.
-Mais un cercle n’a pas de coin.
-La barbe , je suis stratège et non point géomètre.
-Vous êtes ecclésiastiques et non stratégiste.
-C’est la même chose.
-Ah ?
-Si je vous le dis. Donc sellons nos montures , prenez donc ce gourdin que vous lancerez sur un sarrasin s’il tente de vous empaler avec sa pique , j’ouvrirais ce cercle sans coin vous allez voir ce que vous allez voir !
-Et Ahmed ? On le laisse ici ?
-Non nous avons trop besoin de lui pour trouver Jérusalem. Vous le mettrez derrière vous , en attachant une extrémité de sa laisse à son cou et l’autre à votre selle , ainsi s’il désire se faire la belle , il n’ira pas bien loin.
-Ingénieux.
-Surveillez le bien tout de même , une fois un druide que j’avais attaché de telle manière a dévoré la corde durant le trajet et a pu ainsi s’extraire de la justice inquisitoriale. »


La dégringolade

Une faible pâleur inonde ce lieu clos et frais ou les deux ecclésiastiques ont élu domicile , dépossédés de la présence du bavarois muet.
Jarkov bailla , s’étira puis roula vers son compagnon dominicain accroupi dans un coin humide de l’étroite pièce. De cet angle il pouvait observer les déambulations des quidams dans une venelle avoisinante.

« -Ne soyez donc point si apathique frère Jacques , telle indolence n’aidera à rien.
-A quoi bon ?
-Pas de fatalisme mon ami le moment n’est point approprié.
-Et pourtant que nous reste t il d’autre que de prier Dieu désormais ?
-La fatalité n’est pour rien dans notre situation présente.
-En effet , ce n’est pas la fatalité mais bien vous qui êtes responsable de notre misérable sort.
-Allons allons , nous l’avons bel et bien brisé cet encerclement hier que je sache.
-De belle façon ! Pour nous jeter tout droit dans la gueule du loup.
-Pouvais je savoir que d’autres sarrasins étaient tapis à l’arrière bien que j’aurais pu m’attendre à telle fourberie de leur part.
-Fourbes peut être mais loin d’être imbéciles , eux , car ils avaient prévu votre ridicule plan.
-Ridicule plan ? Tout a fonctionné au delà de mes espérances ! Il n’y a que la perte de mon valet et de notre interprète à déplorer.
-Et bien vous en avez de drôles espoirs vous ! Si vous m’en aviez entretenu plus tôt de tels espoirs je serais resté couler avec les pirates qui m’avaient réduit en esclavage.
-Nous sommes bien à Jérusalem , c’était bien notre ambition.
-Arriver à Jérusalem oui , mais pas dans un geôle en attendant d’être empalé à l’aube prochaine.
-Vous n’aviez pas non plus à paniquer comme ça en jetant notre malheureux interprète fraîchement trouvé de votre selle.
-Puisse Dieu me pardonner sa mort à telle point ignoble.
-Ne vous lamentez pas ainsi , je suis certain qu’il était encore vivant avant que les sabots du canasson à Wulfric ne le piétinent. Ce cheval est le seul responsable à blâmer.
-Et votre pauvre ami allemand quelle tragédie.
-Ah ça oui une tragédie. Mais quelle folie le prit donc de refuser de se rendre et de charger tête baissée dans les rangs de ces douze cavaliers arabes ? Je vous le demande.
-Il n’aura même pas pu avoir de sépulture chrétienne quel malheur.
-Dire qu’il m’avait coûté plus de mille écus.
-Au moins pour lui , le sort en est jeté et il n’aura pas à endurer notre lente agonie empalé sur des piques , au soleil qui plus est.
-Vous êtes de ces gens qui voient toujours les cruches et les pichets à moitié vides mon vieux.
-A moitié vide ? Mais il est complètement vide votre pichet ! Nous n’avons même plus un jour à vivre.
-Quel défaitisme. Quand mon verre est vide je le plaint , euh , je le rempli plutôt.
-C’est nous qui sommes à plaindre.
-Pas du tout , car ces barbares simiesques ont fait l’idiote erreur de nous laisser nos crucifix.
-C’est bien ce que je disais il ne nous reste que la prière.
-C’est au contraire là que vous allez m’acclamer et vous prosternez devant moi en apprenant que mon crucifix spécialement évidé pour contenir la Sainte Huile de Marcellus Ursus un moine fou et illuminé qui aurait détenu de terribles secrets sur la pierre philosophale.
-Seigneur Dieu , vous possédez sur vous une relique contenant le sang de ce saint homme  ?
-Absolument pas mais une potion d’alchimiste mise au point sous le règne de Dagobert dont la composition secrète ne se transmet depuis des siècles , que d’éminent alchimiste à autre sommité.
-Quelle chance j’ai d’être en cellule avec l’un de ces génies de la science.
-En fait j’ai obtenu quelques flacons de cette potion par un ami évêque alchimiste fou du Poitou qui lors d’une soirée bien arrosée a confondu l’un de ses flacons avec du vin et a lamentablement péri dans d’atroces souffrances que je n’ose aborder tant le souvenir en est douloureux.
-Ah.
-Ce qui ne m’a pas empêché une fois décédé de prendre ses flacons pour les ajouter à mes ustensiles inquisitoriaux. Toujours ramasser mais ne jamais voler.
-Et quels saints pouvoirs le Seigneur a t il accorder à cet élixir dévastateur ?
-Celui de causer de terrifiantes et profondes brûlures même à la roche ou aux métaux sans faire la moindre flamme. Autant vous dire que nos barreaux ne feront pas long feu si je puis m’exprimer ainsi.
-Redoutable , mais est ce bien catholique ?
-Tout ce qui peut permettre à un bon chrétien d’anéantir un hérétique et qui permette aussi de s’échapper de ce lieu plus infâme que le plus insane des ziggourat est forcement catholique.
-Ca se tient.
-Je veux mon neveu , maintenant attention je vais déverser quelques gouttes de cette Sainte huile sur ces barreaux et nous serons sous peu libre comme des perdreaux.
-Etrange huile qui ressemble fort à de la sanie.
-Et dont la purulence ne connaît point de limite. Observez comme le métal se dissout et imaginez toutes les applications que cela permet en matière d’investigation. Cette potion , si elle n’était point si rare , accélérerait particulièrement les tribunaux oyer et terminer.
-Formidable , la voie s’ouvre comme le fit jadis la mer rouge par la volonté de Dieu.
-Très bien alors allez quêter une église chrétienne qui nous accorderait asile et sécurité avec une absolue discrétion pendant que je vais reprendre mes commodités qui sont rangées dans un coffre au rez-de-chaussée de cette forteresse si ces rustres ne les ont pas déplacé autre part. »
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MessageSujet: Re: La petite croisade personnelle de Jarkov   Mar 4 Oct - 22:34

Pendant ce temps à Rome …

L’évêque italien piémontais Pipioli dodeline mollement comme tout bon prélat à longueurs de journées , tandis qu’à l’intérieure de cette tête attachée par un cou gras à un corps trop nourri et huileux glissé dans une mitre soyeuse et parfumée pour masquer les relents de sueurs provoqués par les efforts essentiellement cérébraux. Ce prélat qui manœuvre subtilement depuis plusieurs semaines dans les couloirs romains afin de couper l’herbe sous le pied à l’évêque Marcus destiné à remplacer la tout puissant cardinal Caedes des doges. La robe de cardinal , dernière étape avant celle de la tiare pontificale , symbole du pouvoir spirituel hautement convoité par cette incarnation de l’ambition qu’est cet évêque milanais. Or il sait que l’un des principaux obstacle à son entrée à la curie s’incarne en la personne du Breton Jarkov , qui n’apprécie guère les choix politiques francophiles et les penchants absolutistes de l’italien tout en désapprouvant l’étalage de luxe et le rythme de vie princier qu’il mène. L’évincement du cardinal breton s’impose donc comme une priorité et l’annonce de sa folle croisade en solitaire ouvrit toutes les perspectives les plus ingénieuses à l’esprit du transalpin. Celui ci usa de ses relations avec les banquiers lombards et les commerçants de Venise pour tendre ses filets autour de Jérusalem. Car si l’itinéraire du breton était impossible à prévoir car trop improvisé pour établir quelque embuscade , il est bien plus facile de le cueillir à Jérusalem ou sa présence se ferait vite remarquer même parmi les pèlerins occidentaux. Basé à Ibelin , ville côtière de la Terre Sainte , l’évêque Pipioli , avec toutes les précautions prises pour assurer la discrétion de son entreprise qui risquerait de le discréditer à tout jamais devant la curie , allant jusqu’à porter un masque à composition d’algue aussi ridicule que peut l’être son nom , afin de diriger du mieux possible la fin du procureur breton. Et c’est dans un mélange d’euphorie et de déconfiture qu’il apprit que Jarkov était bien à Jérusalem mais venait d’échapper à la mort et se payait même le luxe de ravager la prison ou il était tenu en geôle pour reprendre ses effets personnels. Au moins il était localisé et le milanais allait pouvoir prendre les dispositions nécessaires pour le retrouver et l’annihiler.

Le messager qui apporte ces précieuses informations lui apprend comment les sarrasins de Jérusalem commencent à s’inquiéter de plus en plus de cet énergumène dont l’évasion est assimilée pour la plupart à un prodige démoniaque. De plus , les gardiens surpris du rez-de-chaussée de la prison contribuèrent à nourrir la crainte autour de ce croisé en exagérant de beaucoup ses capacités afin d’atténuer au mieux la fureur de leurs supérieurs pour n’avoir pu arrêter un homme seul et désarmé. Enfin le récit du contenu des affaires que possédait le breton entretint d’avantage la crainte et la curiosité , parce que l’on y rapporte un fléau d’arme aux pics si usés qu’ils en sont arrondis , une quantité prodigieuse d’or , quelques accessoires tels qu’une bible , trois couteaux , un étrange outil binoculaire composé de deux verres montés sur une branche , quelques rations alimentaires entamées ainsi qu’enfin une étrange masse sphérique d’or surmontée d’une goupille à la forme de croix qui suscita une impressionnante appréhension chez les gardes qui y virent quelque objet qui ne devrait point être en ce monde.

L’évêque Pipioli tirant profit de ces informations dépêcha son immense et fidèle duo de numides jumeaux , des serviteurs achetés à prix d’or au marché aux esclaves du Caire alors qu’ils n’étaient que de jeunes enfants , afin de débusquer et tuer celui qui sème le désordre et la crainte sur son passage à Jérusalem.


Flash back dans une ruelle de Jérusalem

« -Brillante idée.
-Voyez qu’il suffisait d’une barbe postiche , d’un peu de maquillage et une belle djellaba pour passer inaperçu.
-Ce qui nous permet en plus de faire le tour des monuments de la ville et faire un pèlerinage avant notre mort.
-Il est regrettable tout de même que le temple de Salomon ne soit plus qu’une vulgaire mosquée.
-Miséricorde ! Un gueux s’approche de nous !
-Allons donc que baragouine t il celui là ? Et qu’a t il à tendre la main ?
-Bien que je ne comprenne pas son idiome , il me semble qu’il demande l’aumône.
-Foutre chaud ! Il croit peut être provoquer ma commisération avec ses yeux de chiens battus d’enfant de dix ans ! Ouste va réclamer ailleurs.
-Mais monseigneur , …
-Quoi ?
-C’est de notre devoir de faire la charité ! Surtout que vous avez de l’or plein les poches !
-Mais il n’y a pas d’âme plus charitable que la mienne voyons.
-Dans ce cas pourquoi ne donnez vous jamais rien alors que vous avez de l’or ?
-Tout simplement parce que charité bien ordonné commence par soi même.
-Ah oui , pas faux.
-En tout cas il n’y a pas à dire , pour une ville Sainte , le climat est décidemment peu clément. Qu’est ce qu’il fait chaud ma parole. Et puis toute cette poussière , l’eau aussi rare que le vin , la terre aussi sèche que mon gosier , il est bien regrettable que les hébreux n’est point marcher jusqu’à la Bretagne. Là bas au moins tout est absolument parfait.
-Si tout est aussi parfait pourquoi êtes vous parti alors ?
-C’est une pénible histoire , laissez moi vous conter cela ….. »

Jarkov commença donc son récit , expliquant comment au soir du 20 juillet il dû prendre le large pour la Terre Sainte. Il digressa quelques peu en étalant dans une description pléonastique la beauté de la côte d’Emeraude , sans que son interlocuteur comprenne qu’il s’agisse autant d’un littoral que d’une femme rousse au tempérament unique et fascinant. Puis il en vint au moment fatidique ou il entra dans la taverne pour prêcher la bonne parole et se désaltérer en compagnie d’une farandole de petits tonnelets de cidre brut qui racle le palais. C’est ce soir là , dans cette taverne , qu’eut lieu ce drame qui intrigue le lecteur depuis tant de pages.
Alors qu’il trinquait paisiblement en vantant les capacités de la nouvelle esquif qu’il avait commander pour rallier la Bretagne à Rome sans escale afin de pouvoir rapidement communiquer avec le Vatican et facilement rejoindre sa place de cardinal , un homme hirsute l’interpella. L’étrange personnage , un paysan boueux , brûlé par le soleil , les yeux globuleux semblait possédé par une panique indicible. L’évêque de Bretagne lui demanda de reprendre son calme et d’exposer patiemment la cause de son trouble. L’ecclésiastique faisant preuve d’un stoïcisme admirable et d’une tranquillité inébranlable , légèrement pourvue d’indifférence , jusqu’au moment ou le paysan pouilleux lui révéla le problème , qui fit bondir le franciscain de son siège , le faire brandir son crucifix et prendre une dernière lampée de cidre avant de s’exclamer : « Ventrebleu , par toutes les vermines du pandémonium , il faut agir immédiatement ! ». il venait d’apprendre qu’un apprenti druide souffrait d’une possession démoniaque après une incantation envers l’esprit sacré de lichens sauvages. Fier de sa réputation du plus grand et du plus sanglant des exorcistes d’occident , Jarkov se rua vers sa demeure pour y prendre quelques accessoires et rejoignit ensuite la cabane du druide perdue en pleine forêt.

Frère Jacques interrompit la narration de son compagnon.
« -Vous êtes spécialistes en exorcisme vous ?
-Bien évidemment. C’est l’un de mes points fort d’ailleurs.
-Vous êtes décidemment un homme complet.
-Il faudra que je vous raconte l’exorcisme pratiqué jadis sur Mithrandir dans l’intention de le faire taire.
-Une réussite ?
-Sur le court terme oui , sur le long ce fut un échec total.
-Qu’a t il donc de notable alors cet exorcisme pour que vous le mentionniez ?
-C’est l’un de mes rares patients , sinon le seul , à avoir survécu ou ne pas avoir subi de séquelles faciales ou de traumatisme provocant une folie irrémédiable.
-J’ose à peine imaginer le sort de ce druide hérétique.
-N’imaginez rien et laissez moi raconter. »

Jarkov reprit donc le fil de son récit , au moment ou il pénétra dans la cabane isolée en désintégrant la porte par un violent coup de pied retourné , un exploit pour qui porte une soutane. Il était accompagné de son plus fidèle acolyte , le frère Orym , et suivi d’une foule de curieux venus assister aux prodiges de leur cardinal local , le paysan boueux lui n’était pas demeuré présent après que les deux inquisiteurs lui aient demandé de rester à proximité pour qu’ils s’occupent de son cas druidique personnel. En entrant dans le logis déshérité Jarkov s’exclama :
« -Putréfaction Antéchristique ! Je sens la présence du démon !
-Seigneur ! Vous avez qu’est ce que ça schlingue.
-Ce corps exsude la sanie et autre chose par tous les Saints !
-Mais quelle est donc cette épaisse fumée odorante nimbant ce démon ?
-Ce sont les vapeurs de souffre de l’enfer mon cher Orym.
-Nom d’un petit bonhomme , le possédé se réveille. »

L’homme gisant dans son lit , baignant dans ses fluides divers et variés particulièrement odorant , car au XVe siècle le terme hygiène reste plus obscur que le terme hiérophante , fit un bond en apercevant les deux inquisiteurs et la foule derrière eux. Il avait du mal à distinguer s’il s’agissait d’une simple hallucination , d’un rêve ou d’une tragique réalité. Interloqué par la situation , il ne put rétorquer que par une simple et inévitable euphorie.

« -Heuheuheuhéhé
-Enfer et damnation , quelles sont donc ces herbes étranges autour de lui qu’il semble fumer ?
-Je l’ignore frère Orym , mais le Livre lui doit le savoir.
-Vous voulez dire LE livre ?
-Celui la même : le livre d’Eibon ! »

Le livre d’Eibon , un nom insignifiant pour un contenu terrifiant. L’ouvrage écrit quelques siècles auparavant , originairement nommé Liber Evoris avant sa traduction par Gaspard du nord , se consacrait à révéler les obscurs secrets de la sorcellerie et les mystères occultes qui sommeillent dans les profonds abîmes terrestres et maritimes , ceux là même ou l’on se déchargent volontiers des cadavres encombrants. Si un ecclésiastique possédait un tel ouvrage pourtant destiné aux invocateurs de démon , c’est qu’il permettait de répertorier facilement face à quelle horreurs l’on se trouvait confronté. Il suffisait d’observer les symptômes de l’hérétique , de se reporter au rite occulte qui le provoqua , et subtilité introduite par Jarkov en matière d’exorcisme , de faire lire la formule adéquate à l’envers tout en extirpant par la force des tenailles le démon du corps. En l’occurrence , l’épaisse fumée odorante provoquée par la combustion d’herbes étranges , qui selon les talents d’herboristes d’Emeraude venue précipitamment , viendrait des contrées barbares du sud , et par l’inhalation de cette iridescente et odorante vapeur légèrement hallucinogène , Jarkov put se reporter au chapitre du Livre d’Eibon sur les invocations fumigènes par végétaux. Il put ainsi en déduire qu’il s’agissait avec une extrême précision d’un rite satanique dérivé inventé par une tribu de maures nains à moumoute qui avait pour culte le dieu corbeau qu’ils suivaient en bondissant armés de leurs lance sans manche. L’efficacité de Jarkov ébahit la foule.

Le dominicain interrompit encore son compagnon :
« -Mais comment avec une science aussi précise avez vous échoué sur ce dénommé Mithrandir ?
-En réalité mon échec n’est qu’un demi échec voyez vous.
-En fait je ne vois pas non.
-Et bien après cet exorcisme pratiqué en douceur , Mithrandir semblait avoir été délivré du démon du bavardage inepte. Mais car je n’avais point usé des instruments d’exorcisme adéquats , à savoir pinces , fer chaud , tenailles , râpe , écarteur , et autres , le démon n’était point totalement vaincu.
-Donc c’est un échec.
-Pas vraiment. Car je l’ai prévenu qu’en cas de retour du démon je devrais pratiqué un exorcisme beaucoup plus radical pour le guérir complètement.
-Et alors ?
-Et alors depuis ce temps Mithrandir n’inonde plus de paroles mes parages et se tient très loin de mes oreilles. Donc dans une certaine mesure j’ai réussi à le faire taire dans un périmètre autour de ma personne.
-Impressionnant.
-Laissez moi donc raconter la suite , j’en étais au moment du drame. »


Jarkov narra la manière dont il tenta de soigner l’âme du druide enfumé avec l’aide du son frère franciscain Orym. Il décrivit comment il fit cesser l’euphorie du patient par une utilisation subtile et scientifique des flammes. C’est au moment ou ce feu purificateur approcha les pupilles dilatées du possédé que celui ci fut pris de convulsion et se mit à hurler et à gesticulé comme un possédé justement , ce qui renforça la détermination des deux inquisiteurs. Pris d’une frénésie démoniaque , le druide se mit à hurler toutes les insanités et tous les noms d’oiseaux qu’il connaissait , repoussa les deux curés avec leurs cierges incandescents et s’empara d’une sorte de calumet avec lequel il tenta de frapper le sieur Jarkov , qui prompt à la bagarre esquiva instinctivement , laissant se terminer le geste puissant du possédé contre la caboche d’Orym contre laquelle le calumet se brisa en morceaux.

« -Putréfaction antéchristique ! Le démon se déchaîne frère Orym !
-Je l’ai bien senti. Voulez vous vos cisailles pour évider ce corps corrompu ?
-Non , l’évidage et l’équarrissage sont impossible contre une telle furie. Il faut le neutraliser.
-Ne vous approchez pas bandes de fanatiques décervelés !
-L’infâme créature des enfers se sert de la bouche de ce malheureux pour proférer des insanités. Il faut agir vite frère Orym.
-Jocrisses , abuseurs de catéchumène , bouseux méphitiques.
-Effectivement mon père son cas est préoccupant.
-N’approchez pas ramassis de vomi d’hirondelles coliqueuses.
-Aux grands maux les grands moyens. Donnez moi donc mon crucifix en argent frère Orym et prenez donc ce chandelier dans vos mains. A mon signal …. Frappons ! »

Connaissant la vigueur du cardinal à donner des coups , le dominicain Jacques ne s’étonna pas d’apprendre que le druide fut rapidement maîtrisé et en perdit conscience. Il ne s’étonna guère non plus d’apprendre que les deux franciscains se demandèrent sur le moment si l’hôte du démon était encore vif malgré son crâne légèrement fendu. Mais il fut surpris quand Jarkov lui raconta que le maire de Tréguier entra en trombe en demandant si le neveu issu de germain de la duchesse Nathan de Bretagne se portait bien. Et il fut d’avantage surpris en apprenant le stratagème auquel son interlocuteur eut recours dès lors pour surmonter le drame causé par la découverte de la nature de son patient devenu subitement victime d’un possible excès de zèle.

« -C’est pour avoir violenter le neveu de votre duchesse que vous avez quitter précipitamment la Bretagne alors.
-Je n’ai fais qu’hâter mon départ déjà prévu. Mais plus que la probable colère de la duchesse , c’est l’échec de mon brillant stratagème et le déshonneur causé par mon subterfuge qui me fit partir aussi vite.
-Quel fut donc cet artifice monseigneur ?
-Et bien j’avais attaché des ficelles aux bras , jambes et à la tête du possédé , qui n’était fort heureusement qu’assommé , pour simuler son bon rétablissement aux yeux du maire , tandis que le bon frère Orym usa de ses talents insoupçonnés de ventriloque pour donner du crédit à l’habile manœuvre.
-Vous avez donc réussi a sauver la face ?
-Justement non. La ficelle étant du très bon marché , elle finit par céder en tout point et la marionnette improvisée s’écroula sur le sol. Mais frère Orym n’ayant pas remarquer l’effondrement du stratagème continua a faire parler le druide ce qui fit dévoiler à toute la foule et au maire notre éclatant échec.
-Voilà qui est fâcheux.
-C’était la volonté du Seigneur que de m’envoyer plus tôt sur la route de Jérusalem. Ce qui m’a permis notamment de vous délivrer.
-Je me demande d’ailleurs si c’est un réel bienfait. »
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MessageSujet: Re: La petite croisade personnelle de Jarkov   Mar 4 Oct - 22:34

Dernière nuit à Jérusalem

Les deux numides gigantesques rôdaient du côté des mosquées , interrogeant les habitants , découvrant quelques pistes qui les conduisirent peu à peu vers le seul endroit ou leurs proies pouvaient se terrer : le quartier chrétien , très réduit depuis la fin des croisades , ou se réunissent les pèlerins qui survivent au long périple jusqu’à Jérusalem. C’est en effet là que les deux ecclésiastiques ont trouvé refuge , dans une auberge ou circule secrètement quelques pichet de vin , breuvage à l’importation difficile en Palestine. Il ne fallu que quelques heures aux numides pour débusquer les deux fuyards , encore attablés malgré minuit passé. Ils eurent quelques difficultés à reconnaître le cardinal sous l’épaisse barbe postiche qui enfouissait peu à peu son visage mais eurent confirmation par un ivrogne qu’il s’agissait bien là des évadés de la forteresse de la ville. Le premier numide s’approcha de frère Jacques et lui glissa la pointe de sa dague , masquée par les manches amples de sa djellaba , sous la gorge , tout en lui susurrant à l’oreille de ne pas bouger. Est ce malgré lui ou par esprit de résistance que le dominicain n’obéit pas et se mit à trembler frénétiquement ? Le second numide brandit la lame d’un sabre court au dessus de la tête de Jarkov et le menaça pareillement. Après un rapide exposé des souhaits des deux africains , se résumant à : sortons dans la petite ruelle déserte ou nous vous expliquerons la suite du programme , Jarkov refusa catégoriquement de bouger sans avoir fini son repas dûment payé. Pour le convaincre le premier numide lâcha son emprise sur le dominicain , trop effrayé pour tenter toute fuite ou réaction que ce soit , et couper le pichet de vin de haut en bas d’un seul trait vif et puissant , sans briser l’argile. Voyant le pichet se rompre en deux parts égales intactes , Jacques sombra dans une torpeur inopinée à la saveur fruitée , autrement dit il tomba dans les pommes , voyant le vin se déverser sur la table et se faire absorber par le bois , doux breuvage qui coûta la somme de sept écus , Jarkov entra dans une rage démesurée , une colère aussi noire que l’épiderme des numides. Il attrapa avec ses dents la lame du sabre qui le maintenait sous le joug du grand noir , usa de toute la pression que ses mâchoires lui permirent pour tenir immobile cette épée de Damoclès et écrasa de toutes ses forces le pied nu du numide avec sa sandale cloutée. Aussitôt le grand noir se mit à hurler , lâcha son arme et dès que l’emprise exercée par le breton se relâcha prit son pied meurtri entre ses deux mains , sautillant à cloche pied en gémissant sur sa douleur. N’ayant plus à s’occupé du moine évanoui , l’autre numide , celui habile à la dague , retourna sa pointe vers le fougueux cardinal , seule et unique cible qui lui fut donnée à tuer après tout , et s’élança sur lui afin de lui porter l’estocade décisive. Il n’y avait plus besoin désormais d’agir dans la discrétion et la prudence. Prompt à se défendre , le breton opta pour un recul stratégique. Il fit basculer sa chaise en arrière et par une pirouette que l’on aurait sûrement pas imaginé de sa part , se redressa , après une rapide roulade , derrière le numide concentré sur son pied. Il l’empoigna par les épaules , l’orienta vers son frère à la dague pour s’en servir de bouclier de viande , le fit pivoter lorsque le grand noir au couteau tenta de contourner son compagnon otage. Cette petite danse dura quelques minutes. Jarkov maîtrisa une tentative de rébellion de son bouclier vivant en lui écrasant l’autre pied.

Le dominicain Jacques s’éveilla. Apercevant le remue ménage il recula en se dandinant sur le sol. Apercevant Jarkov jeter le numide qu’il tenait comme rempart sur l’autre noir , il se remit debout confiant. Apercevant son compagnon chrétien envoyer un broc d’eau sur l’un de ses assaillant et asséner un coup de poing dans le buffet à l’autre comparse , la confiance du dominicain grandit et se disant qu’il aurait quelque gloire à tirer , il fit un pas en avant afin de participer à la fin du combat. Apercevant un des numides rouant le dos du breton de coup tandis que celui ci , malgré ses douleurs dorsales , étreignait la tête de l’autre numide et lui frottait sa chevelure crépue tout en offrant un rapprochement inamical de son genou sous soutane au nez volumineux du noir , Jacques hésita et décida d’attendre un peu avant de faire un pas supplémentaire. Apercevant le grand noir sur le dos s’envoler suite à un majestueux coup de pied dans le ventre alors que l’autre noir rampait pour s’emparer du sabre gisant au sol , Jacques décida qu’il valait mieux s’asseoir. Apercevant le numide ayant ramasser le sabre valdinguer contre la porte de l’auberge , ouverte à l’instant par une troupes de sarrasins en arme selon toute vraisemblance alertés de la présence du fugitif , Jacques descendit de sa chaise et se cacha sous une table précipitamment. Apercevant le premier des soldats assommées par une table , le second ébouillanté par l’huile incandescente d’une lampe trouvée sur un mur par le cardinal en furie qui réaffirme de cette manière son surnom du bouillant et le troisième repoussé par un violent coup de poing dans les maxillaires , Jacques prit le risque de relever un peu la tête pour mieux observer. Apercevant les autres gardes se ruer sur le breton teigneux et le jeter au sol , Jacques rabaissa sa tête aussitôt. Apercevant les sarrasins emporter le corps inerte et silencieux de son camarade , lui mettre les chaînes et le traîner jusqu’à leurs montures , Jacques ferma les yeux et pria.

La fin de la croisade

Lorsqu’il s’éveilla , ses mains et pieds étaient enchaînés , deux gardes le tenaient à l’épaule , armés de lances , vêtus de cottes de maille , portant en couvre chef un casque ovoïde ceint d’un turban orangé , ayant autour de la taille une sorte de jupe de toile fine et couverte de poussière. Une brève observation des lieux lui indiquèrent qu’il devait se situer dans le palais du gouverneur de Jérusalem. Dorures , vases de porcelaine , tapis persans , esclaves dévêtus hantant les lieux , tout signalait à Jarkov que l’homme trônant devant lui et qui commanda aux gardes de lâcher leur étreinte devait être le chef de la ville. Cuirassé de sa Foi , de son indéfectible détermination et son inébranlable optimisme , Jarkov s’adressa à cet homme barbu , âgé , dans des vêtements finement brodés avec de la soie , des fils d’or et d’argent , le tout recouvert de pierreries :

« -Vous êtes le sultan ?
-Silence chien , lui lança l’un des gardes
-Un calife alors ?
Il reçut un coup de la part de l’autre garde en réponse. L’homme dans son trône observait.
-Un émir peut être ?
Un autre coup l’atteignit à la tempe qui saigna ostensiblement.
-Je donne ma langue au Shâh dans ce cas.
Le soldat à sa gauche leva sa lance et se prépara à lui asséner un coup fatal. Le trônant l’arrêta d’un signe de la main sans dire un mot.
-Euh … je suis ici pour hum …. Tiens voilà que j’ai oublié…
Le barbu esquissa un sourire et prit enfin la parole.
-Pour une croisade ?
-Ah et bien , voyez vous , le terme est peut être un peu , comment dire , euh , mais qui êtes vous au fait ?
-Quelqu'un qui peut te faire empaler sur des pics de hérissons. Tu n’imagines pas comment l’agonie peut être lente.
-Oh si oh si , je m’y connais en matière de justice , je suis moi même …
-Oui ?
Jarkov se retint d’avouer son statut de procureur de la Bretagne , de peur que du coup son titre de cardinal , habilement dissimulé par le port d’une soutane usagée , ne soit divulgué et ne lui coûte la vie.
-Je suis moi même victime d’une erreur judiciaire. Deux sortes de maures ont briser dans un élan de cruauté mon pichet de vin.
-De l’alcool !
-Ah euh non , pas vraiment , un pichet qui sert habituellement au vin je voulais dire , dedans rien que de la boisson , euh pas chère.
-Tu veux sûrement dire cachère misérable ?
-Oui c’est tout à fait cela.
-Tssss. Pour un homme de Foi vous dîtes vraiment n’importe quoi.
-Il faut bien de tout pour faire un monde après tout non ?
-Non.
-Je suis aussi de votre avis. Enfin ce n’est pas vraiment ce que je voulais dire , mais voyez vous , d’un point de vue purement factuel , il convient d’appréhender….
Un garde lui asséné un coup sur bec , ce qui le fit aussitôt taire.
-Abjure ta religion et tu auras la vie sauve.
Jarkov jeta un coup d’œil tout autour de lui , faisant mine de méditer à sa réponse et prit sa décision : qu’importe la dignité la vie vaut mieux qu’un déshonneur.
-Et bien , non.
-Vraiment ? Pourquoi donc ?
-Tout simplement car ma religion est la seule véritable pardi et que seule la Foi envers Jésus notre Seigneur et la haine envers toutes les déviances dogmatiques permet d’atteindre la vérité.
-Qu’est ce qui te fait croire que tu es moins dans le tort que moi ?
-Deux raisons très simples. Voulez vous les connaître ?
-Bien sûr.
-La première est que le tort tue , or sur les domaines religieux ce sont toujours les hérétiques qui meurent et moi qui survit , la preuve qu’ils avaient tort et moi raison.
-Et que penser du fait que tu vas mourir si tu n’abjures pas et que je resterais vivant ?
-Je n’abjurerais pas et je ne mourrais pas non plus , car ma religion est la bonne. Comment allez vous me demandez monseigneur ?
-Oui comment je te le demande.
-Car Dieu m’a conféré de puissants pouvoirs à moi qui respecte la voix qu’Il à choisit , celle du catholicisme donc , pouvoirs qui me permettront de m’échapper de vos griffes païennes.
Jarkov jeta encore un regard autour de lui et pria rapidement pour revoir un jour la couleur du vin autrement que dans son sang.
-Je serais étonné de voir ça.
-Délivrez moi de mes entraves et je vous montrerais les incantations qui me permettront de me volatiliser de cette pièce sous vos yeux.
-Je suis curieux de voir si Allah t’a vraiment donné ce que tu prétends. »
Le barbu ordonna de défaire le captif de ses chaînes. Jarkov fit un pas en avant et entama une danse usant de mouvements amples et grotesques tout en entonnant des chants improvisés.
-Lalalala , Seigneur Dieu , Yog Sothoth , Ibiscus , Ischio caverneux , deltoïde , moule salée et Gwenn ha Du , Lalalala
Jarkov s’approcha des d’un des deux gardes à cloche pied , un doigt sur le nez , en cessant ses chants. L’assistance interloquée par le spectacle contemplait curieuse. Le breton approcha son visage de celui du garde et alors de toute ses forces il hurla :
-TAILLE HAUT ! cri utilisé fréquemment en chasse par les seigneurs. »

Le garde terrorisé par le rugissement qui lui fit rompre les tympans se mit à crier de peur sur le coup de la surprise et tomba en arrière. Jarkov fit volte face et profitant toujours de l’avantage de la surprise donna un coup de poing sur le sommet du casque du second garde. Le casque lui tomba alors jusqu’au cou et lui coupa ainsi toute visibilité. Le croisé téméraire souleva alors le bas de sa soutane alors que le sultan ou quoi que ce soit que fut cet homme barbu se redressait stupéfait , crachant des insultes au lieu d’appeler la garde. Profitant de ce minuscule sursis , le breton prit ses jambes à son cou et commença une cavalcade folle dans les couloirs du palais. Cherchant tous les escaliers qui permettent de descendre. Il dévala ainsi un premier puis un deuxième étage sans rencontrer de résistance particulière exceptée quelques serviteurs encombrant le passage qu’il envoya valser contre les murs ou de quelques gardes qui ne furent point assez prompt à rattraper le fuyard qui , allégé par son absence d’arme ou d’armure , traversait les couloirs en trombe ,dépassant en l’occurrence la vitesse du son , c’est à dire du son d’alerte qui se propageait simultanément d’une pièce à l’autre jusqu’à atteindre une cloche qui retentit et informa ainsi l’ensemble des personnes du palais. Ignorant si la sortie se situait encore loin , Jarkov , épuisé , pénétra dans un vase suffisamment volumineux pour l’abriter.

Plusieurs heures plus tard , apaisé par le silence ambiant et galvanisé par les premiers rayons du soleil levant , le cardinal sortit d’un bond de son vase , sans repérer au préalable les alentours suivant ainsi sa logique que la reconnaissance c’est pour les losers qui manquent de détermination. C’est ainsi qu’il atterrit face à face avec un garde. Profitant une nouvelle fois de l’avantage de la surprise , Jarkov frappa le premier , désorientant son adversaire et en profita pour lui lancer le vase sur la tête. Le poids de l’objet eut raison du pauvre bougre qui fut assommé. Le tonnerre du fracas heurta les ouïes de quelques personnes dans les pièces voisines , puis les bruit des pas causés par la course du fugitif alerta une foule d’autres sarrasins et le malheureux Jarkov ne put descendre qu’un autre étage avant de se retrouver acculé par une meute d’arabes décidés à le voir sous peu embrocher sur un paillasson fait d’hérissons. Est ce par courage démesuré , par idiotie ou par un profond désespoir qu’il décida de se défenestrer , seule issue qui lui était offerte , plutôt que de se rendre ? Nous l’ignorons , mais de nombreuses théories circulent sur ce sujet en projetant que le chrétien perdu avait remarqué que le palais ne comptait que trois étages de hauteur et que par conséquent il se trouvait au rez-de-chaussée. Nous hésitons nous chroniqueurs à accorder une telle perspicacité d’esprit à ce celte impulsif et nous accordons à penser que sa confiance et sa foi sans borne lui firent croire à un miracle.

C’est de cette manière que Jarkov se retrouva soudainement dans les jardins du palais. Il poursuivit sa course que l’on qualifiera d’endieublé pour ne pas user du terme endiablé qui ne serait pas ad hoc avec l’homme. Ne désirant pas détourner le regard de sa destination pour éviter de trébucher bêtement , il ne put apercevoir l’échelle contre le mur donnant sur la rue , ni la petite porte dérobée laissée ouverte et encore moins l’engin de siège présent on ne sait comment dans ce jardin et qui aurait pu le propulser hors de la ville. Mais concentré sur sa route , il fonça sur la grille de l’entrée , bien évidemment cadenassée. Parmi les nombreux surnoms et autres sobriquets donnés à Jarkov , le plus approprié est certainement « le Mammouth » ,ce que durent remarquer les sarrasins voyant s’effondrer leur portail sous la charge du frénétique et furieux fuyard. Les poursuivants se demandèrent alors si leur proie était bien normale et si les rumeurs qui courraient au sujet de la destruction de la prison forteresse et d’un cyclope ayant terrassé deux ogres numides ne reposaient pas sur un fond de vérité , qui une fois prise en compte , incitait grandement à laisser une longueur d’avance au fuyard afin de donner l’occasion à quelqu'un d’autre de s’interposer dans sa fuite.
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MessageSujet: Re: La petite croisade personnelle de Jarkov   Mar 4 Oct - 22:36

Dernières heures à Jérusalem

Ses yeux se rouvrirent. Il détendit ses membres et se mit debout. Il ne s’était assoupi que quelques heures parmi des déchets de vieux meubles et de vieilles fripes. Il s’examina , constata que le sang avait cessé de ruisseler de sa tête , qu’il n’avait pas de dent de cassé mais la mâchoire amochée , que sa barbe postiche avait disparue laissant apparaître sa véritable barbe peu fournie et se jugea relativement en bon état . Il s’estima hors d’atteinte et déambula au travers des venelles sinueuses des vieux quartiers en vue de retrouver son compagnon de route. Il ne lui fallut qu’une petite heure pour retrouver l’auberge abandonnée contre son gré dans la nuit passée. Il n’y vit point frère Jacques , frappé de lassitude il se vautra sur un siège et réclama un broc rempli à ras bord de vin. Une fois ses derniers écus écoulés et sa vessie pleine , il interrogea le propriétaire , une fervent chrétien qui faisait fortune sur le dos des pèlerins , à propos de son compagnon disparu. Il put apprendre que celui ci , plutôt que de réunir toutes les âmes de bonnes volonté pour conquérir le palais et venir le délivrer , allait dispenser la messe dans une petite chapelle pour fêter l’assomption. Car on atteignait déjà le 15 août. Jarkov prit enfin conscience de l’ampleur de l’échec de sa croisade. Las , il redemanda à boire sans se soucier de ne pouvoir payer. Le propriétaire l’informa que les soldats le cherchaient activement , que les numides eux aussi rôdaient pour l’occire , qu’ un commerçant furieux venu spécialement de Naplouse avec des hommes de mains désirait aussi régler un compte avec lui , sans compter tous les brigands qui se feraient un plaisir de le décapiter pour toucher une récompense et un rémission de leurs crimes. Jarkov prit enfin conscience de la nécessité imminente de quitter la ville et de rejoindre la Bretagne pour organiser les élections pour l’automne. Il en prit d’autant plus conscience qu’il fut jeter sans réagir de l’auberge par le propriétaire qui refusa d’héberger quelqu'un qui n’a pas de sous pour payer son verre , fusse t il cardinal. Désorienté , désabusé , épuisé , il lui fallait regagner la mer mais ignorait bien comment. Il eut une idée que l’on aurait du mal à qualifier autrement que l’inverse absolu de la notion de brillante. Il se dirigea vers la chapelle ou officiait frère Jacques afin de lui faire ses adieux , le dominicains préférant ne plus suivre le franciscain , trop dangereux à son goût. A la sortie de la chapelle , Jarkov se signa , adressa une prière pour la réussite de son entreprise et attrapa le premier venu par la barbe et l’assomma d’un coup de coude.

Il ne fallut que quelques minutes pour l’on vienne au secours de l’agressé. Deux jeunes recrues eurent à se frotter au breton et finirent la tête dans les échoppes à épices. Jarkov conservait avec lui un pichet de vin de messe qu’il avait chaparder dans la chapelle. Il se désaltéra et vit apparaître les deux numides. Ceux ci refusèrent l’affrontement lorsque l’ecclésiastique souleva une charrette vide à la force de ses bras et s’apprêtait à la lancer sur ses adversaires. Ces derniers trouvèrent refuge auprès de frère Jacques , sorti de sa chapelle en entendant les hurlements au dehors . Le dominicain qui prit sous son aile évangélisatrice les deux noirs , brandit la croix de bois qui ornait son autel afin de soutenir une dernière fois son ami breton dans ce qui semblait être son ultime soubresaut de folie et d’orgueil , son dernier combat , son échec fatal. Vint ensuite le marchand de Naplouse , qui n’eut qu’à suivre les cris pour trouver l’objet de sa vengeance. Accompagné d’un mercenaire , il se rua avec son poignard sur le franciscain désarmé , poignard qu’il perdit suite à l’étourdissement provoqué par un percutant coup de poing en plein visage du cardinal décervelé. Frère Jacques lui prenait garde au pichet tout en soutenant moralement Jarkov avec un peu d’éloignement. Le mercenaire se réfugia vite derrière son bouclier , abandonnant son sabre , lorsque le bouillant curé qu’il avait en face de lui se mit à frapper de tous côtés , bondissant de manière simiesque , hurlant comme un forcené. Son employeur étant sans connaissance , le mercenaire pensa bon de battre en retraite et de déguerpir au plus loin.

Lorsque les dizaines de gardes armés de lances arrivèrent en bloc compact , tout fut fini.
Un immense Alléluia retentit , la terre trembla , un nuage de poussière s’éleva , l’on vit beaucoup de sang couler , et tous les passants se jetèrent à terre implorant le ciel de chasser le démon. L’écho du Alléluia se répercutait de ruelle en ruelle en ce jour de l’assomption. Frère Jacques , s’était terré dans sa chapelle en voyant les gardes arriver et pu ainsi échapper au désastre. Les deux numides demeurèrent contemplatifs et terrifiés. Lorsque l’épaisse brume de poussière se dissipa au bout d’une dizaine de minutes , plus de trace de Jarkov . Il n’y eut aucun mort mais de nombreux blessés. La Sainte Grenade ne tue presque jamais quand elle bien utilisée et ce fut le cas en l’occurrence. Déjà les rumeurs enflaient partout en ville , on parlait d’un mage , à d’autres moments d’un sorcier , ceux qui parlèrent d’un prophète furent vite neutraliser en perdant pour toujours l’usage de leur langue , tandis que ceux évoquant un démon trouvèrent le soutien des religieux qui firent immédiatement l’amalgame avec les chrétiens pour tenter en vain de provoquer un soulèvement contre les pèlerins.

Lorsque les soldats n’étaient plus qu’à quelques mètres de lui , Jarkov avait alors dégoupillé la Sainte Grenade , fabriquée en Palestine d’ailleurs , à Antioche , il prononça les formules rituelles : Ad majorem Dei gloriam , Deo gracias et sauve qui peut avant le patatra. Puis posant la Sainte grenade , une sorte d’œuf doré surmonté d’un goupillon en forme de croix , il se jeta dans un soupirail voisin , tomba dans un cave et tenta du mieux possible de se protéger l’ouïe une fois que la grenade , douée de parole , scanda son Alléluia. Les origines de cette arme dévastatrice remonterait au roi Arthur selon les sources écrites , mais la légende ferait remonté ses origines à la création. Toutefois les esprits rationnels n’estiment sa création qu’au XIVe siècle , quand un moine excentrique eut l’idée de bourrer un maximum de poudre à canon dans une boule d’acier et de recouvrir le tout d’un goupillon à silex , qui allumait une petite mèche une fois retiré. Pour la voix chantant Alléluia , par contre , nul ne pouvait expliquer sinon par une bénédiction du divin. Profitant de la cohue générale , Jarkov se déguisa comme il pu , abandonna son refuge de fortune et s’en retourna dans les rues , afin de quitter Jérusalem au plus vite. Au moins le commerçant ne le gênerait plus , car celui ci perdit ses jambes dans l’explosion . Les numides aussi le laisseraient tranquille et pour les autorités le gênant breton était désormais vaporisé. Il était libre de partir en ayant sauvé l’honneur. Il prit néanmoins le temps de revoir une dernière fois frère Jacques , afin de réclamer quelques vivres , son pichet , un bâton pour l’aider à marcher et de lui promettre de donner son nom à quelques cloches et matines bretonnes. Les numides lui remirent un plan de la région , et un étrange instrument indiquant le nord offert par leur riche propriétaire.

Une heure plus tard , Jarkov était hors de Jérusalem et se dirigeait vers Ascalon.


Le retour au foyer

La déception entraîne la démoralisation qui entraîne la lassitude qui entraîne la mollesse qui entraîne la faiblesse. Jarkov se sentait déçu , donc démoralisé , donc las , donc mou et par conséquent faible. Suivant les indications de quelques pèlerins ou commerçant avec qui il put communiquer , il atteignit Ascalon , remonta la côte en marchant jours et nuits d’une marche rapide , pour quitter au plus vite cet endroit abandonné de la chrétienté. Il ne prit point la peine de chercher querelle ni de convertir l’autochtone , son seul usage de la force fut bien involontaire , contre une horde de trois brigands qui ignoraient qu’un crucifix pouvait être une arme de jet redoutable et qu’en toute occasion il est imprudent de laisser ses pieds à la merci des semelles spécialement cloutées du franciscain en vadrouille. L’objectif de ce dernier étant de remonter la côte pour retrouver son embarcation et repartir de Palestine aussitôt.

Près de là , à Ibelin , ville en plein essor depuis sa conquête par les musulmans , l’évêque italien Pipioli rumine sa défaite , mais ne renonce toutefois pas à mettre la main sur ce breton , organisant déjà son ultime tentative pour atteindre son sinistre dessein. C’est ainsi qu’il dépêcha des laquais dans toutes les directions pour localiser sa proie , chacun chevauchant vers tous les horizons possibles , interrogeant toutes les personnes susceptibles d’avoir communiquer avec le breton égaré , monnayant les services de commerçants pour prévenir immédiatement en cas de rencontre , embauchant des marins pêcheurs côtiers pour qu’ils sillonnent le littoral à la recherche d’un occidental isolé. L’un des laquais en patrouillant dans les collines sauvages repéra un homme blessé et terrorisé perché dans un olivier. Dans une mare avoisinante un de ses compagnons gisait à moitié noyé , les jambes apparemment brisées , un troisième larron gémissait dans les hautes herbes , tenant son pied droit ensanglanté dans les mains , un quatrième et dernier plus loin sur le sentier gisait inconscient , il avait semble t il tenté de fuir mais fut assommé par un projectile. La rencontre avec ces brigands permit au laquai de remonter rapidement les traces du cardinal errant , de repartir au triple galop prévenir son maître piémontais qui put ainsi prendre toutes les dispositions nécessaires pour intercepter le gibier débusqué.

Au nord de Jaffa , le robuste breton ne possédait plus sur lui qu’une outre d’eau à moitié vide , deux miches de pain rassis , un crucifix en argent , un bâton de marche solide , une relique de Saint Malo et sa soutane trouée et usée. Sa barbe devenue drue contrastait de moins en moins avec un crâne de plus en plus chevelu , bien que le sommet demeurait inexplicablement dégarni. Son fléau d’arme , sa Sainte Grenade et ses deux compagnons lui manquaient chaque jour un peu plus et la solitude hâtait sans cesse son pas , pressé de retrouver les cathédrales , auberges , tribunaux et potences bretonnes. Il aurait besoin sous peu de vivres pour continuer sa route , ayant abandonné l’or qu’il avait emmené dans l’auberge de Jérusalem et aux mains de frère Jacques pour qu’il poursuive sa mission évangélique avec quelques fonds , il ne savait pas trop comment se procurer en toute conformité avec les lois divines la pitance nécessaire à sa survie.
Ce problème le préoccupait d’avantage à mesure que son gosier réclamait mieux que de l’eau chaude. Ce problème était conforté par le fait qu’il ne pourrait jamais trouver suffisamment de nourriture et d’eau pour la traversée de la méditerranée et la remontée de l’atlantique. Problème aggravé par la nécessité d’être au minimum deux pour manœuvrer le navire. Habitué à trouver une solution à tout , Jarkov se sentait dépassé par l’étendue de ces problèmes qui le submergeait. Quand il avait des problèmes , il les traitait généralement avec indifférence et humour , optant pour une méthode d’écoulement sur un subordonné ou par une méthode d’envenimement pour les résoudre. Mais là rien ne semblait pouvoir combler son estomac bientôt vide. Il demeurait néanmoins confiant , les problèmes finissaient toujours par s’éclipser.
Ce fut d’ailleurs presque le cas , car ces problèmes s’évaporèrent immédiatement de son esprit quand une centaine d’hommes en arme et à cheval se mirent à encercler la colline qu’il grimpait et lorsque ceux ci se montrèrent à la fois fortement intéressés par sa personne et à la fois hostiles envers elle. Au moins ces cavaliers avaient ils sûrement sur eux des vivres en suffisance , ce qui pourrait solutionner quelques uns de ses problèmes après tout.

« -Monseigneur chrétien , exemptés nous de violence , soumettez vous.
-Messire brigadier palestinien , je ne suis point homme de France , ma liberté vous n’aurez.
-Monseigneur courtois , je vous adresse mes conjuration pour ne point le sang verser.
-Messire serviteur de roi , je vous adresse mon abnégation à ne point céder.
-Alors j’appelle mes archers et mes lanciers , vous affronterez mes bannières.
-Prévenez vos mestres que je ne suis point armé mais guerre aux païens j’ai déclaré.
-Nul ne s’émouvra et n’escomptez point que votre dépouille connaîtra quelque gloire.
-Dieu me jugera et fis de vos égards , Dieu décidera si je dois revoir la Loire.
-Alors monseigneur , périssez avec les honneurs.
-Et achevons sur l’heure. »

L’officier , un noble italien parlant couramment français , leva son bras en direction des archers. Jarkov leva le bas de sa soutane et s’accroupit , en position de sprinter. L’officier baissa le bras , une pluie de flèche s’éleva dans le ciel. Jarkov détala dans la direction opposée et un nuage de poussière s’éleva sur son passage. La salve de flèches ne l’atteignit point , ses capacités d’accélération à la course à pied devenait au fur et à mesure prodigieuse. Mais s’il évita l’essaim de flèches , il se précipita dans la charge de quinze cavaliers positionnés pour l’intercepter. Il jeta son outre à la figure du premier cavalier , le récipient d’argile se brisa sous le choc et les morceaux s’incrustèrent dans le visage causant au pauvre homme de vilaines et douloureuses balafres faciales. Jarkov se vautra au sol pour éviter la lame du sabre des deux cavaliers suivants , roulant de côté pour ne pas être piétiné par les montures. Au quatrième cavalier il roula du côté gauche du cavalier , flanc ou l’homme tenait son bouclier et non son arme. Il attrapa d’une main l’étrier et de l’autre la jambe. Il fut tout d’abord traîné sur le sol , se faisant arracher la peau contre le sol brûlant , puis réussissant à escalader la jambe du cavalier il put contre balancer de tout son poids pour faire chuter l’homme trop surpris pour réagir. Jarkov se trouvait maintenant sur un cheval filant au galop et avait neutralisé deux hommes sur la centaine , il progressait. Hélas sa monture se dirigeait droit sur les rangs des archers et tout demi tour était rendu impossible , faute d’avoir des cavalier derrière , à droite et à gauche. Seule solution : forcer le passage. Quand une volée de flèches s’envola dans sa direction , Jarkov opta pour un saut en arrière , solution de repli très périlleuse quand une dizaine d’équidés lancés à pleine vitesse piétinent tout sur leur passage. Jarkov n’eut pas le temps de frôler le sol qu’il s’heurta au torse du cheval qui était juste derrière le sien. Luttant pour ne pas tomber entre les pattes dévastatrices , il s’agrippa du mieux qu’il put au cheval , accrochant le visage et la crinière et l’animal. Fou de douleur celui ci se cabra et bifurqua vers la droite , heurtant le cavalier voisin qui chuta mortellement. Jarkov ne pouvant résister aux mouvements chaotiques de l’animal tomba également et évita de justesse une flopée de sabots. D’une agile roulade il approcha le cadavre et ramassa la lance tenue par la main raidie. La lance menaçante détourna de leur trajectoire deux cavaliers prudents , le troisième plus téméraire y opposa son bouclier. Rusé , le breton rabaissa la hauteur de sa pointe pour embrocher le genou de son assaillant , qui chuta de sa monture. Le chrétien n’eut pas le temps de s’emparer de ses armes qu’un autre cavalier le chargea et lui brisa sa lance d’un coup de hache. Les autres ayant dépassé leur cible firent demi tour et chargèrent de nouveau sur l’homme désarmé. Les archers montés se joignirent à la charge.
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MessageSujet: Re: La petite croisade personnelle de Jarkov   Mar 4 Oct - 22:37

Adieu Palestine

Le jeune noble italien observa le breton ensanglanté et poussiéreux. Il s’étonna en imaginant ce qui ressemblait plus à une dépouille ambulante qu’à un homme de sang noble siéger aux cotés du Pape. Il ne donnait pas cher de l’Eglise catholique en voyant qui elle plaçait à sa tête et il se plut à imaginer une réforme de celle ci , la débarrassant de son clergé.

« -Comment êtes vous devenu cardinal ? Vous n’êtes qu’un pouilleux breton.
-Allez savoir , les autres cardinaux avaient peut être peur de me refuser la place.
-Il est vrai que vous auriez fait un brillant soldat.
-Je préfère me défouler dans la politique. Au moins il n’y a pas de morale qui tienne dans ce domaine.
-Je plains vos opposants si vous les traitez comme tous mes hommes que vous avez mis au tapis.
-Bouarf , ils sont tombés tout seul. Vous auriez eut des soldats bretons ils se seraient mieux comporté soyez en sûr. Vos mamelouks ne valent rien. Peau de balle , tout comme vous petit hobereau incompétent.
-Tout de même. Vingt huit hommes au tapis , ce n’est pas rien.
-Seul Dieu a permis que vos cavaliers se heurtent entre eux en tentant de me charger.
-Je dois avouer que Dieu fut généreux de vous offrir l’opportunité de vous accrocher à un autre cheval pendant qu’ils se rentraient tous dedans. Mais …
-Mais Dieu était aussi là quand je sautais de ce cheval opportun sur le groupe de dix archers.
-Ce n’est pourtant pas lui qui enchaîna les coups de poings pour les assommer tous les dix.
-Peut être mais c’est Dieu qui dévia les flèches et les coups de poignards.
-Et contre les coups de lance ?
-C’est Dieu qui me souffla de me jeter par terre. Heureusement que les casques de vos soldats offrent une bien mauvais visibilité , encore un coup de pouce du Divin.
-N’accablez pas ces malheureux , c’est déjà suffisamment humiliant de voir ses propres hommes s’embrocher pour ne pas en rajouter.
-Des guerriers de pacotille voilà tout. Tenez prenez le cavalier que j’ai désarçonné en lançant un simple caillou , que j’ai assommé en me jetant fesses les premières et qui est tristement décédé piétiné par les sabots de son canasson , un véritable amateur celui là.
-Le principal étant que vous ayez cédé.
-Je n’ai pas cédé !
-Vous êtes pourtant bien mon prisonnier en ce moment.
-C’est juste que j’ai réalisé subitement que la violence ne menait à rien et qu’il valait mieux me laisser transporter par vos soins plutôt que de continuer à marcher seul.
-Les douze sabres sous votre nez n’y ont pas été pour grand chose peut être ?
-Pfuuu , je reprenais juste mon souffle. J’ai bien tenté de dire pouce à vos hommes mais ces gens là ne connaissent rien aux mœurs militaires civilisées.
-En tout cas vous vouliez être transporté , c’est chose faite , vous voilà au bout de votre voyage.
-Il y a erreur je veux aller à Brest.
-Je vous présente mon Seigneur et employeur qui vous attendait ardemment. »


Un homme fin et élancé , dans une sorte de djellaba rose et portant un masque vert argileux entra en écartant un fin rideaux pourpre. Il congédia les gardes et l’hobereau italien. Il s’entretint avec son captif enchaîné , ponctuant ses phrases d’un rire sinistrement ridicule. L’évêque Pipioli était fier de son masque vert qui lui valut une fortune et de son talent à dissimuler son accent italien et son origine ecclésiastique.

« -hinhinhinhin
-Ah je vous reconnais crapule !
-Quoi ? Quoi ? Ce n’est pas possible.
-Bas les masques misérable , vous ne m’avez pas dupé.
-Sataneries ! fiat lux !
-Tu es Fantômas !
-Pardon ?
-Celui qui avait enlevé notre bien aimé duc Iziledur. J’ai reconnu ta face de concombre !
-Et bien , euh …
-On t’aura un jour , on t’aura ! Jamais tu ne seras en sécurité.
-hinhinhinhin. Si tu le dis. Pour l’instant c’est toi qui va déguster.
-Dieu te jugera pourceau fétide.
-Que jugera t il ? Je ne vais pas te tuer voyons.
-Ah bon.
-Ce serait indigne d’un futur cardi… euh , indigne du nom de Fantômas.
-Je suis tout a fait d’accord avec vous messire , il ne faut pas trahir sa renommée.
-Tu seras donc vendu comme esclave et emmené au sultanat d’Alger , ou tu feras certainement tourner une roue pour puiser de l’eau et irriguer je ne sais quelle plantation. D’ordinaire les esclaves qui sont présent là bas sont souvent espagnols , un breton mettra une touche d’exotisme.
-Bah après tout , je me rapproche un peu plus de la Bretagne que si j’étais resté en Terre Sainte. C’est déjà ça de gagné. »

Le soir même , il embarqua sur une galère ottomane en compagnie d’une foule d’autres esclaves destinés pour une partie à la vente au sultanat d’Alger et pour une autre aux chantiers de ce qui fut Byzance et devint Istanbul , pour dresser des minarets aux quatre coins de la ville et de Sainte Sophie. Un tiers des esclaves étaient des gueux des populations perses et palestiniennes , un autre tiers se composait également d’égyptiens non arabes , dont le génocide touchait à sa fin , enfin le tiers restant mêlait marins occidentaux et byzantins , les grecs de Byzance étant le prochain peuple voué à l’extermination le marché était donc très porteur. Grâce à ses quelques notions de grec appris à l’université de Rennes ou il enseignant en chemise rose , Jarkov put nouer conversation avec ses voisins de rame byzantins. La traversée progressant , il eut le loisir de raconter entre deux coups de fouet ses péripéties. Peu de gens ne donnait crédit aux racontars d’un esclave se prétendant cardinal mais le récit distrayant captivait toutes les personnes autour. D’autant que le fouet n’arrivait pas à faire taire le breton bavard au cuir robuste , le garde se résigna à abandonner la sanglante sanction sur le narrateur qui ne s’interrompait même pas pour marquer sa douleur , et écoutait la traduction de l’histoire par un italien parlant le grec et l’arabe. Passionné par le récit qui rompait avec l’insupportable routine fouet – injure – fouet – fouet – injure – fouet , le garde reconnu dans la personne de Wulfric un esclave muet que la galère se trimbalait depuis plus d’une semaine déjà , acheté à bas prix à une troupe de cavaliers qui l’avaient sérieusement amoché. L’esclave s’étant révélé très endurci et particulièrement musclé , le capitaine avait décidé de ne pas le mettre en vente et de le maintenir aux rames. Le garde se proposa donc d’aller vérifier l’identité de l’esclave en allant distribuer son quota de coups de fouet vers la proue du navire , là ou siégeait l’intéressé. Or il s’avéra qu’il s’agissait bien de Wulfirc.

Au large de Tunis , Jarkov avait enfin achevé son récit , et obtenu du garde un changement de place , justifié auprès du capitaine par le fait que le breton se montrait particulièrement costaud et qu’il serait mieux à l’avant , ou les rameurs doivent fournir un effort supplémentaire car sous la surveillance directe du marteleur de tambour qui donne la cadence et ayant a affronter toute la résistance de l’eau , sans compter que les officiers préfèrent mettre les forces les plus vives en avant , pour avoir la traction maximale en tête pour faciliter les manœuvres de rotation. Le marteleur , un numide chauve et gigantesque , se mit également à découvrir l’aspect sympathique du captif. Profitant de la sympathie du garde et du marteleur ainsi que de l’admiration de toute une partie des galériens , Jarkov , aidé de Wulfric , passa à l’action au cours de la nuit.

Au petit matin , le capitaine et les vingt-trois hommes d’équipages fidèles à leur commanditaire et maître prenaient la température de l’eau méditerranéenne. Les plus combatifs qui furent blessés au cours de l’échauffourée étaient d’ores et déjà condamné à finir déchiquetés par les deux requins blancs , carcharadon carcharias , rapidement attirés par l’odeur du sang. Les survivants finirent probablement noyés , telle fut la décision de Dieu pensa le nouveau maître à bord breton. Une fois de plus , il loua les mérites de l’effet de surprise qui lui est toujours si favorable , il loua ensuite le Seigneur de lui avoir permis d’arracher ses chaînes et d’avoir eut la force de se déchaîner contre les matelots assoupis , il loua enfin les cinq hommes d’équipage , dont le garde de l’étage aux rameurs et le marteleur de tambour , pour l’avoir aidé à prendre possession du navire. Les esclaves étant désormais des hommes libres , il fut décidé collectivement que les occidentaux débarqueraient au sud de la Sardaigne tandis que les autres maintiendraient la possession de leur navire pour se livrer à la noble activité du piratage pour réduire en esclavage d’innocents marins et paysans côtiers et s’enrichir en leur faisant subir le sort auquel eux même ont échappé. Cela rappelait à l’évêque de Bretagne ces serfs qui devenus libre firent fortune , devinrent de brillant guerriers ou grand commerçant , pour acquérir avec difficultés un petit titre de noblesse et asservir avec cruauté des serfs. Bien entendu en occident , ce phénomène était beaucoup plus lent et s’étalait sur plusieurs générations , d’ou la fascination pour l’esclavagisme oriental bien plus simple et rapide à comprendre et à appliquer. Jarkov s’empara d’une bonne partie de l’or « abandonné » par le capitaine lorsqu’il fut jeter par dessus bord , pour se payer pour lui et Wulfric une place sur un navire de commerce transportant des étoffes et du poivre pour Nantes.

Le 1er septembre il posa pied sur les quais nantais , il se dirigea vers le château de la ville , menaça du poing deux gardes qui barraient l’entrée jusqu’à le reconnaître , marcha jusqu'à la salle d’audience ou il retrouva sa duchesse bien aimée en train de se griser entourée des autres conseillers. Il s’exclama : « Je suis rentré , que l’on me serve à boire illico presto je vous prie. »





FIN
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Cesars
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MessageSujet: Re: La petite croisade personnelle de Jarkov   Mar 4 Oct - 23:00

hrp : tu devrait en écrire plusieurs autre et publier

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Bouboule

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MessageSujet: Re: La petite croisade personnelle de Jarkov   Mar 4 Oct - 23:01

J'ai pas tous lut mais deja une remarque me brule les levres....

Tu ne fait que sa de tes journées?? ange

(tu n'est pas obligé de repondre lol)
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Arathornf
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MessageSujet: Re: La petite croisade personnelle de Jarkov   Mer 5 Oct - 0:24

Excellence, c'est excellent !
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Jarkov

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MessageSujet: Re: La petite croisade personnelle de Jarkov   Mer 5 Oct - 14:49

bouboule a écrit:
J'ai pas tous lut mais deja une remarque me brule les levres....

Tu ne fait que sa de tes journées?? ange

(tu n'est pas obligé de repondre lol)

En fait j'ai commencé ça en écrivant les lois bretonnes ( quand je ne savais plus quoi écrire je changeais de fichier et je poursuivais sur l'autre ). En gros j'ai passé disons 2-3h par jour pendant une petite semaine. ( pour faire ça + les 400 lois ).

Mais je ne fais ça que durant les vacances. Le reste du temps sinon je fais chier miki. C'est plus facile.
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Bouboule

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MessageSujet: Re: La petite croisade personnelle de Jarkov   Mer 5 Oct - 15:09

Citation :
Mais je ne fais ça que durant les vacances. Le reste du temps sinon je fais chier miki. C'est plus facile.

Parce qu'il le vaut bien Laughing
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Cesarion

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MessageSujet: Re: La petite croisade personnelle de Jarkov   Mer 5 Oct - 15:36

C'est super !

Mille fois bravo !
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Frère cfaidherbe

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MessageSujet: Re: La petite croisade personnelle de Jarkov   Mer 5 Oct - 19:56

Magnifique!
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Aragoth

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MessageSujet: Re: La petite croisade personnelle de Jarkov   Lun 10 Oct - 13:46

hrp : tu nous écris une chronique la ? Lol je lirais ca en dehors du boulot parcequ'il faut un paquet de temps mais je te dirais ce que j'en pense d'ici peu.
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